Pour Ahmed Bouanani, Naïma Saoudi et leur famille, faire du cinéma, faire l’histoire du cinéma au Maroc et faire l’histoire du Maroc sont une seule et même chose. Ce projet multiple est né au milieu des années 1960 de l’urgence de participer – avec un langage à la fois poétique et révolutionnaire – à la création d’une nouvelle génération politique et esthétique opposée au régime néocolonial qui a fait suite au protectorat. Ahmed Bouanani était écrivain, poète et cinéaste et il a aussi écrit l’histoire politique de la production cinématographique au Maroc depuis son émergence au cœur de la « Nuit coloniale » jusque dans les années 1980. Le manuscrit de « La Septième porte », une œuvre historique et littéraire monumentale, a été rescapé des cendres d’un incendie survenu au domicile de la famille en juillet 2006 par sa fille, l’artiste Touda Bouanani, et publié post-mortem en 2021. Ce drame a révélé l’importance de préserver et de valoriser les archives de la famille, essentielle à la mémoire du Maroc et à la poursuite du travail de décolonisation culturelle auquel ils et elles avaient contribué. Touda Bouanani s’y emploie avec d’autres depuis 2011 au sein du collectif des Archives Bouanani dont nous évoquerons, en sa présence, la force artistique et l’héritage politique.